Une interprète aux cheveux roses assise sur une banquette sous un éclairage de scène.
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La version qui n’intéresse personne au théâtre


Il y a trois ans paraissait La version qui n’intéresse personne d’Emmanuelle Pierrot. Lauréat du Prix littéraire des collégien·ne·s et du Prix des libraires du Québec en 2024, le roman a connu un immense succès. L’adaptation théâtrale signée Marie-Claude St-Laurent et Marie-Ève Milot — fidèle à la démarche féministe de l’autrice — devrait, elle aussi, vous convaincre.

Sur scène, on suit Sacha qui, à dix-huit ans, plaque Montréal pour Dawson City avec son meilleur ami Tom, attirée par la promesse d’un ailleurs sans attaches. Le Yukon leur offre d’abord ce qu’ils espéraient trouver : des petits boulots au fil des saisons, des rencontres sans lendemain, une existence à l’écart de tout cadre. Mais l’arrivée d’un amour vient fissurer cette bulle : les langues se délient, et le lieu qui devait la protéger se referme sur elle comme un piège.

Plusieurs interprètes réunis dans un décor rocheux sous des éclairages bleus et violets.

La distribution, portée par une brochette de jeunes interprètes, est un pur bonheur à voir évoluer. Melissa Iguer, dans le rôle principal, livre une performance tout en nuances : sa Sacha oscille avec justesse entre vulnérabilité et défiance, sans jamais verser dans le pathos facile.

Trois interprètes dans une scène dramatique sous un éclairage sombre et orangé.

Sur le plan thématique, l’adaptation ne trahit rien de la démarche féministe de l’œuvre originale. Le rejet par la communauté et la question du consentement s’y imposent comme fils conducteurs — soutenus par une mise en scène habile qui, malgré les huit années couvertes par le récit d’origine, parvient à donner au spectateur l’impression d’un présent continu.

Plusieurs interprètes réunis sur scène dans un décor aux tons chauds.

Il faut enfin saluer le travail des marionnettistes. Luna, la chienne-louve de Sacha, occupe une place aussi importante qu’un personnage humain. Ce sont les interprètes eux-mêmes qui lui donnent vie à vue, épaulés par le Théâtre de l’Œil, et le résultat étonne : elle se meut avec une grâce presque animale, entre tendresse fusionnelle et inquiétude sourde pour nous offrir les moments les plus poétiques du spectacle.

Une interprète assise près d’une grande marionnette animale sur scène.

Comme le roman qui l’a inspirée, cette pièce coup de poing avance d’abord sur un ton léger, presque festif, avant de basculer sans prévenir dans la dureté et la violence qu’elle dénonce. Un rendez-vous à ne pas manquer.

Du 15 septembre au 17 octobre 2026 au Centre du théâtre d’aujourd’hui

Informations et billets : Centre du Théâtre d’Aujourd’hui